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Raz-de-marée

Chaque jour,  il y a partout un grand nombre de personnes à qui on apprend qu'elles sont atteintes d'un cancer très agressif.
J'aimerais partager avec vous un brin de mon histoire à moi. Elle n'est pas plus grave que la vôtre. Je dis cela pour ceux qui ont eu à traverser eux aussi cette lourde épreuve. Et si je peux seulement aider un peu celles qui un jour peut-être auront un tel diagnostic, - je dis "celles" - car le cancer dont je fus atteinte, c'est le cancer du sein, ce cancer qui chambarde la vie de tant de femmes.
Le diagnostic.
Bien installée dans la salle d'attente de l'hôpital, j'étais accompagnée de mon conjoint. J'avais été convoquée ce jour-là pour être informée de l'analyse de ma biopsie prise dans la masse de mon sein droit.
Quelques jours auparavant, les médecins étaient convaincus que ce ne serait pas cancéreux du fait qu'on avait affaire à une masse dure mobile. C'est donc en souriant que j'ai posé la question -" Il n'y a pas de cancer, Docteur ? "
En voyant seulement ses yeux que je n'oublierai jamais, je compris à l'instant même qu'il y avait cancer.

Quel choc ! La doctoresse me tendit une boîte de mouchoirs et me présenta le Chirurgien Oncologue, qui allait m'opérer.
Je fis entrer mon époux, puis l'oncologue me dit :
- Madame, nous sommes surpris, car une masse dure mobile, en général, n'est pas cancéreuse. De plus les cellules sont agressives au stade 3. Désolés, mais nous allons enlever la masse et nous devrons prendre "les gros canons", qui sont la chimio, la radiothérapie ; vous allez perdre vos cheveux.
Je demandai alors quels étaient mes chances de survie. Il me répondit:
- Les chances de survie ! Nous gardons toujours un large espace. Pour nous médecins, un cancer est un cancer et nous ne lisons pas dans les boules de cristal.

Après avoir rempli les formulaires, nous sommes revenus à la maison. Je me sentais comme empaquetée dans une écharpe de plomb. Le téléphone sonnait, mais je ne l'entendais pas ; je savais que c'était ma mère alors âgée de 84 ans. Elle savait que j'attendais le diagnostic, mais je ne voulais pas lui faire mal.
Je restais assise sur mon divan, regardant l'horloge ; elle semblait s'être arrêtée. Je n'étais pas capable de parler. Finalement je répondis au téléphone qu'il n'y avait rien de spécial, que tout était beau. Mais elle connaissait sa file ...

Puis le courage m'est revenu, car ma mère a bien pris la nouvelle en évoquant des cas de réussite dans des situations comme la- mienne.
Mais le pire dans ma maladie, a été de me sentir coupable d'avoir annoncé à ma mère de quoi j'étais atteinte, car une semaine plus tard, elle succombait à un AVC, et c'est moi qui lui ai fermé les yeux... Mais savez-vous que je pleure en écrivant ces lignes que je partage avec vous ; et cela me fait du bien. je n'avais jusqu'ici, jamais confié cela à personne.

pillsMon médecin de famille qui était aussi celui de ma mère, m'a consolée en me disant "Diane, tu sais que ta mère a fait des AVC pendant dix ans. On a toujours dit à votre famille que son médicament ne la sauverait pas toujours. Elle me prit la main pour ajouter "elle a juste été chanceuse pour s'être rendue à l'âge de 84 ans.
Mais la famille ne le voyait pas ainsi. Je sentais leurs flèches de feu dans leurs yeux ; un regard qui fait que tu te sens coupable. Ma sœur ainée m'a carrément mis le décès de notre mère sur le dos, en me disant :

- Si un jour je reçois un diagnostic de cancer, je n'en parlerai à personne. Et surtout  si c'est un cancer du sein. Nombreuses sont les femmes qui en sont atteintes, et la plupart s'en sortent. Moi, je n'aurais jamais dit cela à maman.
Quand son mari eut le cancer, elle m'a dit comprendre à quel prix j'avais dû souffrir de l'attitude de tous à travers mon cas.
Mais il était un peu tard. Je pardonne tout, mais je ne leur rends pas visite. C'est là que m'est venu mon rêve d'écrire. Mon roman s'intitule "Un si grand pardon". Peut-être avais-je beaucoup à pardonner.
Mais il y a autre chose que j'aimerais partager avec vous. Il y a eu ma mère, et comme un malheur n'arrive jamais seul, il y a aussi mon fils cadet porté disparu, victime des méchants de la drogue. Pendant trois ans nous l'avons cherché en vain malgré l'aide de la police, de mon époux et d'un ami que j'adore. Mon fils aîné qui est militaire m'a aidée là aussi comme dans la maladie..
Alors, il me fallait écrire. je me suis oubliée, j'ai oublié toutes les épreuves et le cancer qui m'habitait. Car tout cela ressemble à une histoire qu'on raconte, mais c'est un fait réel. J'ai la foi et je sais que ce qui nous est enlevé nous revient...

Je peux aujourd'hui vous confier qu'il y a maintenant dix ans, notre fils a été retrouvé. Le deuil de ma mère est fait même si elle habitera toujours mon cœur. Mon cancer est parti. Je suis guérie !
Voilà ce récit que j'ai intitulé "Raz-de-marée" pour ce que mes épreuves ont été violentes.

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Diane, Femme du Moment
doctoresse